An Alarc’h – Le Cygne (bilingue)

   
   Emaomp an 3vet a viz Eost 1379. Ur mor a dud a zo bodet a-hed an aod e-kichen Sant-Servan. O sellout emaint war-zu ar mor. A-daol-trumm e c’heller gwelout, war an dremmwel, gouelioù holl gwenn ul lestr, evel un alarc’h gwenn skedus !
 Ur youc’hadenn a sav neuze. Yann IV, dug Breizh, an hini eo. Emañ  en-dro, o tont eus Bro-Saoz, evit diwall e vro !
    Ur c’han brudet, anvet An Alarc’h, a zo bet savet diwezatoc’h evit lidañ an darvoud dispar-se. Dastumet eo bet  e-pad an 19vet kantved gant Hersart Kervarker hag embannet er “Barzaz Breiz”.(1)
Klevet oc’h eus moarvat ar ganaouenn-se kanet brav-tre gant Alan Stivell pe gant Jil Servat. Met, anavezout a rit istor Yann IV, dug Breizh ?
Emaomp bremañ o vont da gontañ deoc’h an istor-se.  
 
    Ret eo komz deoc’h da gentañ eus Yann III. Yann III, dug  Breizh, n’en doa heritour war-eeun ebet hag e vreur Gui Pentevr a oa marv. 
   Da biv neuze ez afe hêrezh an dugelezh ? Da Janed Pentevr, un nizez da Yann III (merc’h Gui), dimezet gant Charlez Bleiz (un niz da roue Bro-C’hall, Fulup VI), harpet gant Bro-C’hall, pe da Yann Moñforzh, hanter-vreur Yann III (mab Arzhur II, dimezet d’an eil eured gant Yolande de Dreux), harpet gant Bro-Saoz ?
   
   






Ce 3 août 1379, une grande foule est rassemblée sur la côte bretonne, près de Saint-Servan. Les regards sont tournés vers la mer. Soudain, à l’horizon, apparaissent les voiles toutes blanches d’un navire, tel un cygne d’un blanc immaculé !
Une grande clameur s’élève alors. C’est Jean IV, le duc de Bretagne, qui est de retour. Il vient d’Angleterre et arrive pour libérer son pays ! 
Un chant fameux, intitulé An Alarc’h ( Le Cygne), a été composé par la suite, célébrant cet événement extraordinaire. Il a été recueilli au 19ème siècle par Hersart de la Villemarqué et publié dans le “Barzaz Breiz”. (1)
Vous avez certainement déjà entendu ce chant, magnifiquement interprété, entre autres, par Alan Stivell et Jil Servat. Mais connaissez-vous l’histoire de Jean IV, duc de Bretagne ? Nous allons maintenant vous la raconter. 
 Il faut d’abord que nous vous parlions de Jean III. Jean III, duc de Bretagne, n’avait pas d’héritier direct et son frère, Guy de Penthièvre, était mort.
   A qui allait donc revenir la succession du duché ? A Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III (et fille de Guy), mariée à Charles de Blois (neveu du roi de France Philippe VI), et soutenue par la France, ou à Jean de Monfort, demi-frère de Jean III, fils  d’Arthur II (lequel s’était marié en seconde noce avec Yolande de Dreux), et soutenu par l’Angleterre ?
  
         Yann III a zisklere a-wechoù e digarantez ouzh Yann Moñforzh (2) hag a ziskoueze, er c’hontrol, preder ouzh Janed. Met Yann III ne lavaras  diskleriadurioù voutin ebet diwar-benn  e hêrezh, en desped d’an azgoulennoù liesek displeget gant an div gostezenn. 
   Evel-se e krogas, pa varvas Yann III e 1345, “Brezel Hêrezh Breizh”. Padout  a reas ar brezel e-pad tost da ugent vloaz, rak ne oa ket unan eus ar gevezerien da gaout an trec’h. Un heuliad hirbadus a emgannoù eo bet ar stourm goude-se, re hir ha re luziet da vezañ kontet dre ar munud amañ .(3)
  Yann Moñforzh en doa ur mab, anvet Yann eveltañ. Hemañ, evit en em ziwall. a oa bet ret dezhañ mont d’en em repuiñ e Bro-Saoz. Pa erruas d’an oad-gour, Yann a genderc’has gant ar stourm a-enep Charlez Bleiz hag a zilestras e 1362 e Breizh. Charles Bleiz a gredas, e 1364, tagañ ouzh e enebour nevez en doa lakaet ar seziz war An Alre. Trec’het e voe Charlez Bleiz ha lazhet.
   Dre emglev Gwenrann, e 1365, roue Bro-C’hall, Charlez V, a anzavas mab Yann Moñforzh da zug Breizh, gant an anv Yann IV .
    Met adkregiñ a reas ar brezel etre Bro-C’hall ha Bro-Saoz.
    Yann IV a oa tamallet evit bezañ re a-du gant ar Saozon. Yann IV a dleas mont en harlu e Bro-Saoz.
E 1378, Charlez V a eseas, en aner, da ziberc’hennañ dugelezh Breizh evit he stagañ ouzh Bro-C’hall. Met ar Vretoned n’o doa ket defaot nag eus roue Bro-C’hall nag eus roue Bro-Saoz. Setu perak e vezas galvet adarre Yann IV evit  bezañ dug Breizh a-bezh. D’an eil emglev Gwenrann (1381) e vezas anavezet Yann IV da zug Breizh gant ar roue nevez Bro-C’hall, Charlez VI, en eskemm d’e wazoniezh-plaen.
   Ar c’han brudet An Alarc’h a lid distro Yann IV e Breizh. Digemeret eo gant holl ar Vretoned evel dieuber ar vro hag evel o gwir rieg.
   Evel-se e krog ar ganaouenn :
 “Un alarc’h, un alarc’h tre-mor 
 War lein tour moal kastell Arvor ! 
Dinn, dinn, daon ! D’ an emgann ! D’ an emgann ! O !
Dinn, dinn, daon ! D’ an emgann ez an !» 
  Yann Moñforzh, lesanvet an Alouber, a velestras dugelezh Vreizh gant skiant ha dalc’husted betek e marv, ar 1añ a viz Du 1399.
   Gantañ e krog renadur Tiegezh ar Voñforzhed. Ur mare hir a stabilded hag a verzh e vo ar mare-se  evit Breizh hag ar vro a startaas he dizalc’h e-keñver he amezeien galloudus saoz ha gall.
   



 




Jean III manifestait parfois son antipathie à l’égard de Jean de Monfort (2) et tout au contraire montrait de la sollicitude pour Jeanne. Mais Jean III ne fit aucune déclaration publique concernant sa succession, malgré les sollicitations multiples des deux partis .
   C’est ainsi qu’à sa mort, en 1345, commença la “Guerre de Succession de Bretagne”. Elle dura près de vingt ans, car aucun des belligérants n’avait les moyens de l’emporter. Cette  guerre ne fut qu’un suite interminable de combats, un conflit  trop long et trop complexe pour pouvoir être rapporté ici dans le détail.(3)
    Jean de Monfort avait un fils, également prénommé Jean. Celui-ci dut, pour se protéger, se réfugier en Angleterre. Quand il arriva à l’âge adulte, Jean débarqua en 1362 en Bretagne  et engagea la lutte contre Charles de Blois. Celui-ci crut être en mesure, en 1364, d’attaquer son nouveau rival qui avait mis le siège devant Auray.  Charles de Blois fut vaincu et tué.
    Par le traité de Guérande, en 1365, le roi de France Charles V reconnut alors le fils de Jean de Monfort  comme duc de Bretagne, sous le nom de Jean IV.  
   Mais la guerre reprit entre la France et l’Angleterre. On accusait Jean IV d’être trop favorable aux Anglais. Jean IV dut s’exiler en Angleterre. En 1378, Charles V essaya, en vain, de confisquer le duché de Bretagne pour le rattacher à la France. 
    Mais les Bretons ne voulaient pas plus du roi de France que du roi d’Angleterre. 
   C’est ainsi que Jean IV fut rappelé pour être le duc de toute la Bretagne. Par le second traité de Guérande (1381), Jean IV fut reconnu duc de Bretagne par le nouveau roi de France, Charles VI et, en échange, lui rendit l’hommage simple.
Le fameux chant An Alarc’h célèbre le retour de Jean IV en Bretagne  où il est accueilli en libérateur et véritable souverain.
Voici comment débute ce chant ::
  “Un cygne, un cygne d’outre-mer,
    Au sommet de la vieille tour du château d’Armor !
Dinn, dinn, daon ! Au combat ! Au combat ! Oh !
 Dinn, dinn, daon  ! Je vais au combat !”
Jean de Monfort, dit Jean IV le Conquérant, intelligent, tenace, administra le duché de Bretagne jusqu’à sa mort, le 1er novembre 1399.
     Avec lui, ce fut le premier des règnes des ducs  de la Maison des Montforts. La Bretagne connut ensuite une ère de stabilité et de prospérité, affirmant son indépendance face à ses  puissants voisins anglais et français.

1,   Le “Barzaz Breiz” est  un ouvrage remarquable qui rassemble 92 poèmes et chants populaires de Bretagne. Ceux-ci ont été recueillis au cours du 19ème siècle, par Hersart de La Villemarqué. Le premier de ces chants s’intitule “Les Séries”. C’est un chant énigmatique, très ancien, qui remonte au temps des druides et nous laisse entrevoir l’ ancienne civilisation celtique … Les autres chants sont bien sûr plus récents !

Les poèmes et chants (dont les partitions ont été transcrites) ont été écrits en breton et en français. Cet ouvrage, salué en son temps par George Sand, constitue un monument de la littérature celtique et bretonne. La beauté littéraire des récits recueillis et leur perfection ont conduit, un moment, certains détracteurs (toujours les mêmes…) à les considérer comme ayant été “fabriqués” par l’auteur qui les  aurait “embellis”.

Des études récentes ont montré depuis qu’il n’en est rien et que c’est par la ténacité et l’opiniâtreté que Hersart de La Villemarqué a collecté des récits qui n’étaient transmis jusqu’alors qu’oralement et qui auraient pu, sans lui, être  perdus à jamais.   

2. Le duc reprochait à Yolande de Dreux, sa belle-mère, son ascendant despotique sur son père, Arthur II. La Bretagne doit, du reste, son blason à cette antipathie : Jean III supprima de son blason tout ce qui rappelait la Maison de Dreux et ne garda que …les hermines,

3. On distingue 4 périodes : 

 de 1341 à 1342 : Défait à Nantes, Jean de Monfort père est contraint de demander la paix et se rend pour ce faire à Paris avec un sauf-conduit où le roy de France… le fait jeter en prison. Charles de Blois s’établit à Nantes. 1 à 0 pour le parti français.

 Jeanne la Flamme, l’épouse de Jean de Monfort père, ne l’entend pas ainsi : elle galvanise ses partisans autour de son fils de 2 ans, Jean de Monfort fils, reprend la lutte et quelques places fortes, aidée par une escadre anglaise qui repousse les assaillants lors du siège d’Hennebont. Un point partout . Le roi de France et le roi d’Angleterre sur l’intervention du pape sifflent un arrêt de jeu (le traité de Malestroit) qui durera jusqu’en 1343.

De 1343 à 1347 : Philippe VI de Valois rompt la trêve en mettant à mort sans jugement Olivier de Clisson, un proche de Jean de Monfort, puis en exécutant quelques chevaliers bretons venus participer à un tournoi parisien. La veuve de Clisson ( ah, ces femmes !) arme une flotte et donne la chasse aux navires français. Mais Charles  de Blois à la tête d’une armée franco- bretonne écrase les partisans de Monfort près de Quimper . De nouveau 1 à 0 pour les Français.

Monfort père s’enfuit en Angleterre où il  obtient le soutien d’Edouard III … et une armée qui met en déroute les Français près de Josselin en 1345 (bataille des landes de Cadoret). 1 point pour les Anglo-Bretons. Puis de nouveau, l’année suivante, à la  La Roche-Derrein où Charles de Blois est capturé. 2 à 1 donc pour les Anglo-Bretons ou plutôt pour les Anglais car entre temps Jean de Monfort père est mort (1345). 

De 1347 à 1352 :  Edouard III peut terminer la guerre de succession de Bretagne, mais en tant que tuteur de Jean de Monfort fils, il préfère nommer en Bretagne un lieutenant investi de tous les pouvoirs civils et militaires … qui élève le pillage et le rançonnage au rang de mode de gouvernance (déjà !). Les Franco-Bretons veulent alors offrir leurs bons services, mais ils sont défaits à la bataille de Mauron en 1352.

De 1352 à 1364 : Malgré les tentatives des rois de France et d’Angleterre pour enfin clore cette guerre de succession, c’est la poursuite des accrochages. En 1362, Jean de Monfort fils, en âge de revendiquer ses droits, passe la Manche à la tête d’une armée. Le 29 septembre 1364, c’est la bataille d’Auray où Charles de Blois est tué. Jean de Monfort fils est reconnu Duc de Bretagne sous le nom de Jean IV. Avec Jean IV, dit le Conquérant, s’ouvre enfin une période de paix et de prospérité pour la Bretagne.  

YK / HG miz Ebrel 2021 – avril 2021