Kan ar mein – Le chant des pierres (bilingue)

    Bep seurt sonioù a vez kinniget deomp gant an natur. Hiboud an avel o c’hwezhañ dre delioù ar gwez. Grozmol ar mor o tarzhañ war ar reier. Richan sklintin ur wazh-dour. Trouz ar glav….
    Moarvat eo bet awenet atav an den ragistorel gant ar sonioù-se. O klevout al laboused o kanañ, o c’hwitellat, en deus bet ivez ar c’hoant d’ober evelte. Un dudi eo klevout kan heson ar voualc’h, abred diouzh ar beure, pa darzh ar gouloù-deiz ! Un dudi eo ivez klevout kan birvidik ar boc’hruzig, pintet uhel en e wezenn, o c’hervel goude an hini a garfe dont da sevel un neizh gantañ ! Ha n’ez eomp ket da ankouaat kan an eostig, roue ar gannerien e-touez al laboused ! 
   Kalz a sonioù all a vez klevet gant an natur ivez. Bez’ ez eus e kreisteiz Irak ur wern divent (gant ma n’eo ket bet dizouret hiziv…) e-lec’h e kresk raoskl uhel, lod anezhe toullet gant amprevaned. Pa c’hwezh an avel etre-se eo un drugar klevout at sonioù produet, evel ma vefe un ograou o seniñ !
   Evel-se eo deuet marteze d’an den ragistorel  ar soñj d’ijinañ binviji sonerezh… Evit gwir, eo bet kavet e 1996, e Slovenia, darn ur fleüt bet aozet gant un Neanderthalian diwar askorn un arzh ha bloaziet ouzhpenn 40 000 bloaz ‘zo. Iskis eo. neketa ?
 
    O komz deoc’h evel-se diwar-benn sonioù an natur ha deroù ar sonerezh hag ar c’han, eo deuet em spered  eñvor un istor ‘m eus klevet gwechall : istor Yann ar Mein. Met peseurt c’hlotadur gant sonioù an natur ? Selaouit ‘ta an istor-mañ hag e klevoc’h marteze « kan ar mein ».
 

 
   



 

     La nature nous offre toutes sortes de sons. Le murmure du vent dans le feuillage des arbres. Le grondement de la mer qui se fracasse sur les rochers. Le gazouillis éclatant d’un ruisseau. Le bruit de la pluie…
   L’homme, dans la préhistoire, a certainement été toujours inspiré par ces sonorités. En entendant les oiseaux chanter, siffler, il a eu l’envie de les imiter. C’est un enchantement que d’entendre le chant mélodieux du merle, tôt le matin, quand l’aube apparaît ! C’est également un enchantement que d’écouter le chant plein d’entrain du rouge-gorge, haut perché dans son arbre, qui lance un appel à qui voudrait venir construire un nid en sa compagnie ! Et n’allons pas oublier le chant du rossignol, le roi des chanteurs parmi les oiseaux !
   Bien d’autres sons nous sont offerts aussi par la nature. Il y a, au sud de l’Iraq, un marais immense (Pourvu qu’il n’ait pas été asséché aujourd’hui…) où croissent de grands roseaux dont certains ont été percés par des insectes.  Quand le vent souffle à travers ces roseaux, c’est une merveille que d’entendre les sonorités douces qu’ils produisent, comme si un orgue se mettait à sonner.
   C’est ainsi, peut-être, qu’est venue à  l’homme de  la préhistoire l’idée d’imaginer des instruments de musique… On a ainsi trouvé en 1996, en Slovénie, le fragment d’une flûte qui avait été réalisée par l’homme de Néanderthal à partir d’un os d’ours et datant de plus de 40 000 ans. C’est étonnant, n’est-ce pas ?
 
  En vous parlant ainsi des sons émis par la nature et des débuts  de la musique et du chant, il me revient à l’esprit  une histoire que j’ai entendue autrefois: l’histoire de Yann ar Mein (Jean des Pierres). Mais quel rapport avec les sons de la nature ? Ecoutez cette histoire et vous entendrez peut-être le “chant des pierres”. 

 

   Ur mailh e oa Yann evit ar pezh a sell ouzh sevel mogerioù graet gant mein nemetken, mogerioù mein sec’h evit goudoriñ ar parkeier deus an avel, amañ  er Vro-Vigouden. Setu perak e oa bet lesanvet Yann : Yann ar Mein. Goulennet e oa tro-dro Gwaien evit al labour poanius-se hag a glemme kement a skiant-prenet.
Goulennet e oa bet ar wech-mañ evit sevel ur voger uhel-tre en-dro d’ur park dirak ar mor. Erru e oa Yann en e gozhni bremañ. Ne wele ket mat ken hag hanter-bouzar e oa deuet  da vezañ. Kad e oa c’hoazh koulskoude da sevel mogerioù solut gouest da enebiñ ouzh an avel kounnaret a c’hwezh alies en hor bro e-pad ar goañv. O selaou an avel o silañ etre ar mein (daoust ma ne gleve ket mat ken), e c’helle gouzout hag-eñ e oa bet savet mat an oberenn. 
– Ur voger solut a dle « kanañ brav » gant an avel, en doa kustum da lavar.
    Yann a grogas neuze gant e labour. Divalav e oa an amzer an deiz-se. Kreñv a c’hwezhe an avel o tont deus ar mor. A-benn an noz e oa echu gant e chanter . Met… un dra a zisplije dezhañ. O teurel pled ouzh ar voger e verzhas e oa ur maen o gouzañv en diazez an oberenn. 
   D’an noz e tistreas d’e di, un tammig tregaset. Kreñvoc’h -krenvañ e c’hwezhe an avel bremañ. O soñjal e oa Yann eus ar voger hag eus ar paourkaezh maen a dlee klemm muioc’h c’hoazh bremañ gant an avel fuloret-se.
  Ne c’helle ket derc’hel muioc’h ken. Ret e oa dezhañ mont da welet. Pa erruas dirak ar voger e c’hellas klevout ar maen o ouelañ. Nann ! Ne oa ket posubl lezel ar voger evel-se. Ha setu Yann o stagañ da freuziñ darn anezhi… 
   Antronoz mintin e voe kavet ar paourkaez Yann  sebeliet dindan an darn eus ar voger en doa divizet sevel a-nevez. Disac’het e oa bet warnañ, o lazhañ anezhañ d’un taol ! Gourvezet e oa war an douar, ur mousc’hoarzh war e visaj. Derc’hel a rae ur maen en e zorn… An hini marteze ne oa ket bet laket mat en e blas da gentañ.
 
  Setu aze istor mantrus Yann ar Mein, istor un den en doa doujañs diouzh ar mein a oa implijet gantañ evit sevel mogerioù solut, mogerioù a dlee « kanañ brav » gant an avel !
    Yann était expert dans l’art de construire des murs édifiés  à partir de pierres uniquement, des murs de pierres sèches destinés à abriter les champs du vent, ici en pays Bigouden. C’est ainsi que Yann fut surnommé Yann ar Mein. Il était demandé tout autour d’Audierne pour effectuer ce travail pénible  et qui réclamait une grande expérience.
Il avait été sollicité cette fois-ci pour construire un mur de grande hauteur autour d’un champ face à la mer. Yann était maintenant entré dans la vieillesse. Il ne voyait plus bien et il était devenu à moitié sourd. Il était cependant encore capable de construire des murs solides à même de résister aux vents furieux qui soufflent souvent dans notre pays durant l’hiver. Il pouvait savoir, en écoutant le vent s’insinuer entre les pierres (bien que n’entendant plus très bien), si l’ouvrage avait été bien fait. 
Un mur solide doit « bien chanter » dans le vent , avait-il coutume de dire.
  Yann se mit au travail. Le temps était exécrable ce jour-là et le vent soufflait avec force depuis la mer. Au soir, il avait terminé son chantier.  Mais… quelque chose lui déplaisait. En prêtant attentivement l’oreille, il remarqua qu’une pierre, à  la base de l’ouvrage, était en souffrance.
  A la nuit tombée, il s’en retourna chez lui, quelque peu tracassé.
Le vent soufflait à présent avec davantage de force. Yann ne faisait que penser au mur et à la pauvre  pierre qui devait gémir plus que jamais maintenant avec ce vent furieux.
  Yann ne pouvait tenir plus longtemps. Il lui fallait aller voir. Lorsqu’il arriva devant le mur, il put entendre la pierre pleurer. Non ! Ce n’était pas possible de laisser le mur ainsi. Et Yann se mit à en démolir une partie…
  Le lendemain matin, on trouva le pauvre Yann enseveli sous la partie du mur qu’il s’était mis en tête de reconstruire et qui s’était effondrée sur lui, le tuant d’un coup. Il gisait sur le sol, un sourire au visage. Il tenait une pierre dans sa main… Celle peut-être qui n’avait pas été mise au départ à la bonne place…
 
  Voilà la triste histoire de Yann ar Mein, l’histoire d’un homme qui avait le plus grand respect pour les pierres dont il se servait pour construire des murs solides, des murs qui devaient “bien chanter” dans le vent!

Note de l’auteur : J’ai eu l’occasion d’entendre l’histoire ( la légende ) de Yann ar Mein (Jean des Pierres), contée par Pêr-Jakez Helias à la radio bretonne dans les années 1970.  Il disait la tenir de son grand-père maternel Alan ar Gow. J’ai essayé de la restituer avec mes souvenirs, en l’adaptant quelque peu. On peut trouver sur internet des versions  un peu différentes et plus longues, écrites en français…

   Les histoires et les légendes étaient racontées en Bretagne autrefois lors des veillées. Ma mère m’a dit qu’une voisine venait souvent, lors des veillées d’hiver au coin de la cheminée, conter diverses histoires et  légendes  dont elle et ses deux soeurs étaient friandes lorsqu’elles étaient enfants.

” Lavar deomp ‘ta an istor diwar-benn …” (“Raconte-nous l’histoire de…”). Et la voisine  se mettait à conter l’histoire demandée. Elle était souvent interrompue par les enfants. “A nann ! N’eo ket evel-se !” (“Ah non ! ce n’est pas comme cela !”). La voisine avait en effet tendance à modifier légèrement son récit  à chaque fois qu’elle contait l’histoire (rien n’était écrit…), mais les enfants avaient parfaitement enregistré la première version…et restaient vigilants !

On est loin des smartphones et autres réseaux dits sociaux d’aujourd’hui …

YK  miz Meurzh 2021 – Mars 2021

Illustrations : JM – Mars 2021