Histoire d’une sortie en boîte (bilingue)…

                Il ne sera pas question, ici, de la trop fameuse sardine de Marseille qui, en des temps lointains, en boucha paraît-il le port (1). Non, nous allons plutôt dans cet article suivre notre bonne sardine de l’Atlantique. Celle qui explique la renommée et l’activité des ports de la côte sud de la Bretagne pendant deux siècles. Il sera alors nécessaire d’évoquer le travail des ouvrières chargées de la mettre en boîte.

         En Bretagne sud la pêche et la transformation du poisson ne datent pas d’hier. Ne retrouve- t-on pas dans la baie de Douarnenez les vestiges de ces grandes fosses où nos sardines se décomposaient lentement au soleil ? (avant notre réchauffement climatique ? tiens, tiens …) afin d’obtenir le précieux garum (2), ce condiment fort apprécié des peuples méditerranéens ? La production de cet « élixir » et de ses sous-produits, tels que la pâte de poisson, ne disparaît pas avec l’effondrement de l’empire romain. On les trouve mentionnés dans des écrits jusqu’au VIIIème siècle. Avec le sel. ils figureront longtemps parmi les principaux produits d’échanges commerciaux de la région.

       Nos sardines seront par la suite successivement salées et conditionnées en tonneaux puis sauretées c’est-à-dire fumées comme les harengs puis pressées.  Ce dernier procédé fera notamment la fortune des négociants-armateurs de Douarnenez de la fin du XVIIème jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. Le pressage s’effectue un peu partout dans les ports dans de petits ateliers voire chez de simples particuliers, généralement des pêcheurs, qui disposent de leur propre outillage et valorisent ainsi leur pêche. C’est une activité saisonnière dont la rentabilité est très dépendante de l’abondance ou de la rareté de la matière première. De plus, si la sardine se conserve mieux ainsi traitée, il semble que la chair de ce délicat poisson y perde sa structure et … sa saveur ce qui limite le rayonnement de ce produit heureusement peu coûteux.

          Aux environs de 1850, commence la grande époque pour la sardine bretonne : celle des « friteries ». C’est en effet en 1820 que le nantais Joseph Colin (1785-1824) met au point une nouvelle méthode de conservation : une fois frites, les sardines sont délicatement déposées dans des boîtes en fer blanc (3) d’abord soudées à l’étain puis plus tard serties à froid par des machines-outils. Joseph Colin installe sa première usine de conserve en 1824 à Nantes. Vers 1850, survient la découverte de pépites d’or en Californie. La frénétique « ruée vers l’or » qui s’ensuit va générer un énorme besoin de vivres facilement transportables. C’est là une opportunité de reconversion qui séduit de grandes fortunes nantaises (4) et les usines vont pousser comme champignons tout le long de la côte sud de la Bretagne de Douarnenez au Croisic. Au début du XXème siècle près de 25 000 ouvrières, bientôt appelées « Penn Sardin » (5) travailleront dans les 150 conserveries du littoral breton alimentées par les 3 860 bateaux de la flotte de pêche sardinière !

          Cette activité saisonnière (6), soumise aux aléas de la pêche (7), concerne tout autant les gens de la côte que la population paysanne de l’arrière-pays. De douze à quatre-vingt printemps on vient à pied, en charrette et plus tard en autobus pour répondre à l’appel «Merc’h d’ar fritur ! » (« Les filles, à la conserverie ! ») (8). Si quelques hommes sont employés au sertissage ou à l’entretien des machines c’est principalement une activité de femmes (et d’enfants (9)) depuis la réception du poisson jusqu’à sa mise en boîte. On se loge comme l’on peut, qui chez la parentèle, qui entassé dans des chambres louées d’année en année ou dans des dortoirs mis à disposition par les patrons.  

            Les conditions de travail sont rudes : Imaginez un travail posté, debout les sabots parfois collés dans la boue car le sol des usines est de terre battue. Selon l’affectation, certes l’environnement de travail peut être différent mais la pénibilité reste partout la même. Ici l’écœurante odeur des viscères et des têtes de poissons qui tombent dans un seau au pied de l’ouvrière, puis là,auprès des grands bacs de saumurage, dans lesquels les ouvrières plongent les mains à longueur de journée, l’atmosphère humide saturée de sel, plus loin la chaleur étouffante des marmites remplies d’huile d’arachide ou d’olive chauffées à 150°…. Les emboîteuses sont-elles plus chanceuses ? Dans un brouhaha de chamboule-tout il faut vite finir d’apprêter aux ciseaux chaque sardine et la coucher délicatement à sa place dans sa boîte.  

         Partout, tout au long de la chaîne de fabrication, il faut assurer la cadence. Les contre-maîtres, d’anciennes ouvrières ayant une parfaite connaissance du métier (et des attentes du patron), y veillent. La sardine est fragile, les quantités débarquées au retour des flottilles de pêches sont souvent importantes et les chambres froides n’existent pas encore. En conséquence les cadences sont éprouvantes … et les horaires élastiques. Un bon arrivage de sardines peut engendrer une journée de 12 ou 15 heures ! Jusqu’au début du XXème siècle les patrons ignoreront la loi des huit heures (1919). Seule obligation respecter la règle des 72 heures de travail par semaine. Effectuées de jour comme de nuit, les heures passées à l’usine dans l’attente du poisson ne sont pas payées. les heures supplémentaires ne sont pas majorées, pas plus que les heures de travail de nuit (en principe interdit pour les femmes). Au fil du temps, au rythme de l’évolution de la société, sous les coups de butoirs des mouvements sociaux (10) les conditions de travail et les salaires ne vont cesser de s’améliorer mais dans le même temps l’activité va se déplacer vers le Portugal puis le Maroc et les usines fermer les unes après les autres.

A leurs postes ou lors des moments de pause ou d’attente, les Penn Sardin chantent.  Devant les longues tables où leurs mains s’activent. Elles chantent pour se donner du courage, oublier la fatigue et garder la cadence. Celle qui chante le mieux, ou simplement celle dont la voix porte le plus loin, entonne une chanson en français ou en breton et les autres ouvrières l’accompagnent ou reprennent en chœur les refrains.

        Du cantique à la chanson gaillarde en passant par la gwerz ou la romance, le répertoire est des plus varié et il faut avoir de la mémoire ! 

        Les cantiques, car si le cœur voit rouge et que des pensées anarchistes ou révolutionnaires ne sont pas pour déplaire, la majorité des Penn Sardin fréquentent l’église et toutes participent aux pardons. Rien d’étonnant donc à entendre s’élever au milieu des tables de travail des cantiques connus de tous comme « O Rouanez karet an Arvor ( https://www.youtube.com/watch?v=l7bfDBWbms8) ou l’air “du Pardon de Saint Erwan” (https://www.youtube.com/watch?v=qgw_HdJPji8)

      Il y a les airs à la mode appris à partir des feuilles volantes achetées au colporteur. Les airs sont souvent faciles à retenir d’autant qu’un même air peut être utilisé pour plusieurs chansons. Les couplets quant à eux relatent souvent un fait divers tragique comme « Al lazher diwallerien denvet » (“Le tueur des gardiens de moutons”)(https://follenn.kan.bzh/snvacher.mp3)

       Ce sont aussi des gwerz comme « Ar plac’h iferniet » ce chant très ancien qui parle d’un jeune homme qui va rechercher sa fiancée en Enfer (https://www.youtube.com/watch?v=F_3HFgOqa6Q),  « gwerz Penmarc’h »   qui évoque le naufrage de la flotte d’Audierne devant Penmarc’h  ( https://www.youtube.com/watch?v=zKg2GA-hkfQ). 

       Des mélodies plus légères comme « M’am bije bet liv ha paper gwenn » chant d’amour d’une jeune fille enceinte d’un garçon enrôlé pour la guerre ( https://abp.bzh/audio.php?id=55893) ou encore « Touri toura » sur le thème de la jeune fille enlevée par des marins et qui se suicide une fois à bord (https://www.youtube.com/watch?v=nMq4Ca6UAB4 ).

       On chante ou plutôt on fredonne des chants séditieux comme « Saluez, riches heureux » (https://www.youtube.com/watch?v=Jx7LS7ZK_-s) cette chanson anarchiste écrite et composée par le poète roubaisien Henri Simoens (1841-1907). Mais attention à ne pas être surprise à chanter de tels couplets !    

        Enfin, une fois fini de traiter un arrivage de sardines il faut attendre le retour de la flottille de pêche avec on l’espère de quoi se remettre à l’ouvrage. Si certaines Penn Sardin en profitent pour prendre un peu de repos, d’autres, restées en groupe auprès de l’usine, préfèrent se dégourdir en dansant. Parfois une bombarde, un biniou ou un accordéon mènent la danse mais le plus souvent il suffit là encore de chanter des airs parfois très évocateurs comme « Merc’hed ar friturioù » (https://www.facebook.com/bretagne.culturediversite/videos/merched-ar-friturioù/2862924427275688/) ou « Merc’hed douarnenez »( https://raddo-ethnodoc.com/paysdelaloire/document/3242320)

         On ne peut conclure cette évocation de la vie des Penn sardin sans rappeler les chansons composées plus récemment  

        En premier lieu, la très célèbre chanson au nom évocateur « le chant des sardinières »   (https://www.youtube.com/watch?v=50VKs3g6DqQ&list=RD50VKs3g6DqQ&start_radio=1). Cet air à danser qui évoque si bien la lutte de ces ouvrières du siècle dernier n’est pas d’époque mais a été composée, musique et paroles, en 2008 par Claude Michel autrice, compositrice, interprète, concarnoise et engagée décédée en 2023.

      Sans oublier « La révolte des sardinières » (https://www.youtube.com/watch?v=xAGpHSV3uEM

texte écrit par Jean-Luc Rougnant le guitariste du groupe La Bordée sur l’air de « En el pozo Maria Luisa » une chanson populaire des vallées minières des Asturies.  

E BREZHONEG

    Ne vo ket kaoz amañ diwar-benn ar sardined ken brudet hag a stouvas, gwechall gozh, porzh Marsilha (1), hervez e veze kontet. Nann, emaomp o vont da heuliañ, en danevell-mañ, hor sardined mui-karet ar Mor Atlantel. An istor-mañ  a ziskouez  pegent brudet ha buhezek e oa ar porzhioù war aodoù kreisteiz Breizh, e-pad an daou gantved tremenet. Ret e vo neuze komz diwar-benn labour ar vicherourezed hag a oa ar roll dezhe  lakaat anezhe er voestoù.

    E Breizh, ar pezketaerezh hag an doare da dreuzfurmiñ ar pesked ne oant ket labourioù nevez tamm-ebet. Adkavet eo bet gwechall, e gwirionez, roudoù fozioù bras er bae Douarnenez, e-lec’h e veze ar sardined o vreinañ goustadik dindan an heol, neketa ? (a-raok adtommder an hin a-vremañ ? sell’ta, sell’ta…), hag an dra-se evit kaout ar « garum » prizius (2), an temz-boued-mañ ken tañvet gant pobloù mor Kreiz-Douar. Kenderc’h an « élixir »-se hag e isproduioù, evel an  toaz graet gant ar pesked, ne yeas ket da get gant disac’hadur an impalaeriezh roman. Kavet e vez anezhe menneget er skridoù ’zo, betek an eizhvet kantved. Gant an holen, e vint e-pad pell, e-touez  ar produioù pennañ evit ar pezh a selle ouzh an eskemmoù koñvers ar vro.

    Ar sardined deomp a vo a bep-eil holenet ha stuziet en tonelloù,  hiliennet goude-se, da lavarout eo : mogedet evel an harinked ha gwasket goude-se. An doare-se d’ober a zigaso ar binvidigezh peurgetket d’ar genwerzherien ha paramantourien eus Douarnenez, adalek fin ar seitekvet kantved betek kreiz an triwac’hvet kantved. Ar waskerezh a vez graet un tammig e pep lec’h er porzhioù hag en atalieroù vihan, hag a-wechoù en tier an dud o-unan, pesketaerien dreist-holl hag a zo ostilierezh ispisial  gante, hag a ro evel-se an dalvoudegez d’ar pezh o deus pesketaet. Al labour-se a bad nemet ur mare bennak e-pad ar bloaz hag a zo en dalc’h-tre eus fonnusted pe eus rouezder an pesketaerezh produet. Ouzhpenn-se, ma en em virout a ra muioc’h ar sardin  prederiet e giz-se, emañ, war ar seblant, kig ar pesked blizidik-se o koll e fetister  hag…e blas, ar pezh a dermen talvoudegezh ar produ-se, ur produ ha ne goust ket ker eüruzamant.

    War-dro ar bloaz 1850, e krog mare meur ar sardined e Breizh :  mare ar friturioù. E 1820, e gwirionez, e stag Jean Colin (1785-1821) eus Naoned da aozañ un doare nevez  da virout ar pesked : ur wech fritet, ez int lakaet gant c’hwekded er voestoù houarnig gwenn (3), soudet gant staen da gentañ, ha sterniet diwezhatoc’h gant ostilhoù mekanik ispisial. Un uzin gentañ bouedoù-mir a vo savet gant Jean Colin e 1824 e Naoned. War-dro 1850 e vo dizoloet  malzennoù aour e Kalifornia. An disgrap diroll war-zu an aour hag a c’hoarvez da heul a goulenno ezhommoù divent evit ar pezh a sell ouzh ar bevañ, an hini a c’hell bezañ treuzdouget aes a-walc’h. Aze emañ un tu evit cheñch oberiantiz an dud hag a hoalo fortunioù bras e Naoned (4). Al labouradegoù a gresko evel kebell-touseg a-hed aodoù kreisteiz Breizh, deus Douarnenez betek ar Groazig. Er penn kentañ an ugentvet kantved, tost da 25 000 vicherourezed, anvet tuchantik ar « Penn sardin » (5), a labouro e-barzh ar 150 uzinoù bouedoù-mir e vord an aodoù, maget gant 3 860 lestr eus flodad peskaeterezh ar sardined !

    Al labour-se, a-hed mareoù ar bloaz (6) (hag a zo liammet  gant dargouezhioù ar peskaeterezh (7)), a soursi ouzh tud o chom tost d’an aodoù, kerkent ouzh peizanted o chom e-kichen war ar maez. Eus daouzek vloaz betek pevar-ugent, e teuio an dud war-droad pe gant ar c’harr ha diwezhatoc’h gant ar c’harr-boutin, evit respont ya d’ar galv : « Merc’h d’ar fritur ! » (8). Ma vez gwazed bennak o vezañ implijet da sterniañ ar voestoù pe da gempenn ar mekanikoù, emaint ar plac’hed da gentañ penn o labourat (hag ar vugale (9)), eus pakerezh ar pesked betek lakaat anezhe er voestoù. En em lojañ a reer e-lec’h ma vez posubl, lod stanket er c’hambroù feurmet bloaz goude bloaz pe er c’housklec’hioù kinniget gant ar vistri.

    Stad al labour a zo kriz. N’oc’h eus nemet ijinañ bezañ o labourat a-sav atav, ar vouteier peget e-barzh ar frigas, rak emañ leur an uzinoù graet gant douar palumet. Hervez an dud dilennet d’o labour, amañ hag ahont, e vez an endro disheñvel marteze, met poaniusted al labour a zo ar memes hini e pep lec’h. Amañ e vez c’hwezh heugus ar flugezennoù hag ar pennoù pesked o kouezhañ e-barzh ur seilloù e-harz ar vicherourezed. Aze emañ pezhioù bailhoù leun a hili e-lec’h e vez splujet daouarn ar vicherourezed devezhioù-pad.  E pep lec’h, aergelc’h mouest peurintret gant an holen ha pelloc’h c’hoazh an dommder mougus ar gaoterioù leuniet gant eoul kaouet pe olivez, tommet betek 150°…Daoust hag-eñ o deus muioc’h a chañs ar re a ra war-dro leuniañ ar voestoù ? Gant ur chalami mesk-ha-mesk en-dro dezhe, eo ret dezhe bremañ fardañ buan pep sardin gant ar sizailh ha lakaat anezhe en o flas gant evezh er voestoù.

    Penn da benn d’ar chadenn produiñ, eo ret gwiriañ ar gadañs. Ar vestr-micherourezed, micherourezed anezhe gwechall hag a ouzont mat ar vicher (hag ar pezh a zo ar vistri o c’hortoz  digante) a zo o tiwall bremañ. Ur pesk tener eo ar sardin. Ar c’hementadoù dilestret gant a bigi a zo pouezus alies ha n’eus ket kambroù yenaus c’hoazh. Neuze ar gadañsoù a zo reuzus … ha stirennek an amzer labour. Ar sardined o tegouezhout e-leizh a c’hell krouiñ un devezh labour eus 12 betek 15 eurvezh !  Betek penn kentañ an ugentvet kantved e oa dianavezet « lezenn an eizh eurvezh » gant ar vistri. Un dlead nemetken a oa doujañ d’ar reolenn an 72 eurvezh bep  sizun. O c’hortoz ar pesked n’int ket paeet an eurvezhioù tremenet en uzinoù, kerkent diouzh an deiz ha diouzh an noz. An eurvezhioù ouzhpenn hag an eurvezhioù labour e-pad an noz (difennet d’ar merc’hed hervez ar reolenn) n’int ket paeet gwelloc’h. Gant red an amzer hag emdroadur  ar gevredigezh, gant  taolioù raskler an emsavioù sokial ez aint ar stadoù labour hag ar goproù war well atav. Met, war un dro, ez aio al labour war-zu ar Portugal pe ar Marok ha serret e vo an uzinoù  an eil goude egile.

    Pa vezont o labourat, pep hini en he flas, pe pa vezont gant ar mareoù ehan,  pe pa vezont o c’hortoz al labour, e krogont  ar Penn Sardin da ganañ. War ar pezh daolioù  hir  a zo diraze, e lec’h emaint o labourat, setu hi o kanañ evit kaout an nerzh hag ar startijenn, evit ankouaat ar skuizhder hag evit mont da heul d’ar gadañs. An hini a gan ar gwellañ pe an hini  a zo he mouezh ar c’hreñvañ, a grog gant ur ganaouenn bennak e galleg pe e brezhoneg hag ar vicherourezed all a respont dezhi pe a gan ganti a-unan an diskanoù.

   Deus ar c’hantikoù betek ar ganaouennoù dibrenn hag ar gwerzioù pe an tenerganoù, emañ liesdoare-tre ar rollad kanañ ha ret eo kaout memor !

    Ar c’hantikoù… Rak ma vez o c’halon kentoc’h diouzh kostez ar re ruz ha ma ne zisplij ket  dezhe ar mennozhioù direnel  pe dispac’her, ez a al lod vrasañ ar « Penn Sardin » d’an oferenn hag holl anezhe a gemer perzh er pardonioù. N’eo ket souezhus neuze da glevout en-dro d’an daolioù labour kantikoù anavezet gant an holl evel « O Rouanez karet an Arvor » pe kantik Pardon Sant Erwan.

    Bez a zo tonioù diouzh ar c’hiz, disket gant folennoù-nij prenet digant marc’hadourien-red. Aes int da zerc’hel soñj deus oute, abalamour e vez implijet ur memes ton evit kanaouennoù disheñvel. Ar pozioù a rent kont alies eus un darvoud skrijus evel  « Al lazher, diwalerien deñved ».

   Bez a zo ivez gwerzioù evel « Ar plac’h iferniet ». Ar ganenn-se a zo kozh-tre hag a gomz diwar-benn un den yaouank o vont da gerc’hat e zanvez-gwreg en Ifern. Ha bez a zo re all evel Gwerz Penmarc’h hag a gont diwar-benn ar peñse degouezhet gant bigi eus Gwaien. Bez a zo ivez sonennoù skañvoc’h evel  « Ma bije bet liv ha paper gwenn », ur c’han a garantez evit ur plac’h yaouank bet dougerez gant ur paotr engouestlet evit mont d’ar brezel, pe c’hoazh « Touri toura » diwar-benn istor ur plac’h yaouank skrapet gant martoloded hag en em lazho goude, ur wech war vord.

    Kanaouennoù dispac’hus a vez kanet pe mouskanet kentoc’h evel « Saluez, riches heureux », ar ganaouenn direnel-se skrivet hag aozet gant ar barzh Henri Simoens (1841-1907) eus Roubaix. Met, diwall d’an hini a vez paket o kanañ pozioù a seurt-se !

    Erfin, pa vez echu d’ober war-dro un degouezh a sardined, eo ret gortoz distro ar bigi-pesketa, gant ar spi d’adkregiñ gant al labour. Ma vez e-touez ar« Penn Sardin », hini bennak oc’h ober o mad da gemer un tamm diskuizh, re all chomet asambles e-kichen al labouradeg a gav gwelloc’h divorzañ o tañsal. Ur vombard, ur binioù pe un akordeoñs a gas an dañs en-dro awechoù, met an aliesañ e vez kanet, hep binvioù, tonioù evel « Merc’hed ar friturioù » pe « Merc’hed Douarnenez ».

   Ne c’heller ket klozañ  eñvoradenn buhez ar « Penn Sardin » hep degas da soñj eus ar ganaouennoù aozet nevez zo.

    Da gentañ, ar ganaouenn brudet-tre gant an anav a zegas koun deus o buhez « Le chant des sardinières »… An ton-se, un ton da zañsal a zispleg ken brav ar stourm a oa gant ar vicherourezed-se e-pad ar c’hantved diwezhañ. Met n’eo ket un ton diouzh ar  mare-se. Aozet eo bet, ar musik hag ar pozioù, e 2008, gant Claude Michel, sonaozourez, kanerez ha stoumerez eus Konk-Kerne, aet d’an Anaon e 2023.

    Hep ankouaat « La révolte des sardinières », ar pozioù-se bet  skrivet gant Jean-Luc Rougnant, giratour ar strollad La Bordée,  diwar an ton « En el pozo Maria Luisa », ur ganaouenn poblek eus traoñiennoù mengleuziek Bro-Asturia.

HG-YK décembre 2025 

Sources garanties sans IA :

« Penn Sardin deux siècles de pêche à la sardine » (François Bertin ed Ouest France 2001)

                  Fascicule exposition « les sardinières » Sené 2025

                  Revues le Chasse-marée

                  Disque : le chant des sardinières Marie-aline Lagadic et Klervi Rivière (2006)

                   Et diverses ressources Internet 

ANNEXES :

  1. La sardine marseillaise : Un fait historique serait à l’origine de cette galéjade. En 1778 le vicomte de Barras, l’officier ayant commandé le régiment français d’infanterie coloniale de Pondichéry, est capturé par les Anglais. Un an plus tard, bénéficiant d’un échange de prisonniers entre la France et l’Angleterre, il vogue en direction de la France à bord d’un navire cartel. En droit international, un navire ayant ce statut, chargé de transporter des communications ou des prisonniers, arbore un pavillon d’identification particulier qui lui confère l’immunité… et la sécurité.

                                    Hélas, notre navire croise la route d’une frégate anglaise peu au fait du bon droit. De fait, une bordée lâchée par erreur écourte brutalement la vie du capitaine et de quelques matelots (oh so sorry monsieur le Français !). Notre cartel reprendra sa route sous les ordres de l’officier en second et arrive en vue de Marseille le 19 mai 1780.

                A la suite d’une erreur de navigation cette fois, le navire porte sur les rochers à l’entrée du Vieux Port et coule dans le chenal. L’accès et la sortie du port de Marseille seront rendus impossibles à la majorité des embarcations jusqu’à son renflouement. 

                Ce bateau avait pour nom … « le Sartine » en l’honneur d’Antoine de Sartine (1729-1801) alors ministre de la Marine de Louis XVI. D’où la plaisanterie qui a traversé le temps. 

2. Garum : Ce condiment épicé, comparable au nuoc-mâm vietnamien ou à l’allec suédois, était très apprécié du légionnaire romain et plus généralement de tous les habitants du bassin méditerranéen. Utilisé à Rome dès la période étrusque et en Grèce, cette « mixture », composée de chair et de viscères de poisson, est mise à fermenter très longtemps (deux à trois mois) dans une saumure très concentrée. Après la macération pendant laquelle se produit une autolyse et une fermentation microbienne, le mélange est filtré. Sa forte teneur en azote et en acide aminés fait de cette sauce un aliment excellent. Mais « Gare au garum ! » aurait pu chanter “Brassenus” l’ancêtre de qui vous savez. En effet la mixture peut aussi contenir des vers intestinaux tel que le ténia du poisson connu sous le nom de « biothriocéphale » sympathique compagnon pouvant affecter les systèmes digestif et nerveux de l’homme. 

3. Fer-blanc et appertisation : Selon sa définition, « tôle d’acier doux (teneur en carbone inférieure à 0,08%) d’épaisseur inférieure à 0,5 mm et recouverte d’étain sur les deux faces ». Cet alliage s’avérant non toxique il est massivement utilisé pour le conditionnement alimentaire. L’invention du fer-blanc (pas celle de la boîte de conserve !) remonte au XIIIème siècle. Les métallurgistes de Bohème et de Saxe ont réussi longtemps à en garder le secret. Cependant, grâce à Colbert qui fait venir des techniciens allemands, une première manufacture de fer blanc est créée en 1665 à Beaumont-La-Ferrière dans la Nièvre. D’autres implantations suivront en Normandie, en Alsace ou en Franche-Comté mais leur déclin sera rapide face à la concurrence des Anglais et des Gallois. La production de fer-blanc deviendra l’apanage de la Grande-Bretagne qui fournira presque l’intégralité de la demande française jusqu’à la fin du XIXème siècle.

         C’est Nicolas Appert qui a inventé une technique de stérilisation des aliments dans des bouteilles de verre à l’usage de la marine. Raymond Chevalier Appert, poursuit les recherches de son beau-père. Il invente alors l’autoclave qui permet la stérilisation des boîtes évitant ainsi le désagréable risque d’empoisonnement que connurent les premières conserves.

4. Fortunes nantaises : Beaucoup de ces fortunes se sont constituées au XVIIIème siècles autour de la traite négrière. Dès 1807 cependant, le parlement britannique abroge la traite atlantique et le « droit de visite » des navires étrangers, que s’arroge en 1815 la Royale Navy, alors maîtresse des mers, perturbe le commerce triangulaire. En France Napoléon abolit à son tour la traite des noirs en 1815 (après avoir rétabli l’esclavage en 1803 alors que celui-ci avait été aboli par un décret du 4 février 1794 !). Abolition de la traite certes, mais pas de l’esclavage qui, lui, ne sera aboli sur tous les territoires français qu’en 1848 sous la seconde république (décret du 27 avril 1848). 

5. Penn sardin (tête de sardine en français) : cette appellation étendue à toutes les ouvrières des conserveries de poisson était le nom donné aux femmes de Douarnenez depuis au moins le XVIIIème siècle. Ces femmes, qui bien souvent travaillaient le poisson pêché par les hommes, arboraient la coiffe locale à savoir un petit bonnet de dentelle posé sur au moins deux autres bonnets de tissus l’un enserrant la chevelure en arrière du front et l’autre toujours noir chargé de mettre en valeur la broderie blanche. Cette coiffe, éventuellement agrémentée de rubans que l’on escamote à l’usine pour des raisons évidentes de sécurité et de propreté, est aussi portée dans un certain nombre de paroisses environnantes. De profil, avec beaucoup d’imagination la tête des femmes ainsi coiffées fait penser à une tête de sardine.

6. Une activité saisonnière : Pour ce qui concerne la sardine qui approvisionne les friteries bretonnes, la période de pêche dure de sept à huit mois d’avril à novembre. D’avril à mai on pèche la sardine de dérive peu appréciée des usiniers car trop grasse et surtout trop grosse pour être mise en boîte. Aux derniers jours de juin apparaît la jeune sardine par banc entier. Commence alors, le 21 juin ou le 27 juin selon les régions, la campagne de la sardine de rogue.

Mais la sardine est volage et certaines années, sans que l’on sache vraiment pourquoi, elle semble bouder nos côtes. En principes les périodes de surabondance alternent avec de courtes périodes de raréfaction et l’on s’en accommode. Si la pénurie se prolonge c’est alors fermeture d’usines et grande misère. Ce sera le cas de 1880 à 1887 puis en 1902 et 1903.

7. La sardine dite « de rogue » : Si la pêche de la sardine attire moins l’attention que la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve ou d’Islande et moins encore que la chasse à la baleine, elle restera jusqu’au milieu du XXème siècle une activité éprouvante non dépourvue de risque. Début juin La saison commence. On charge sur les chaloupes sardinières les filets et les barils de rogue, ce coûteux appât très « odorant » à base d’œufs de morue saumurés venu du Danemark. Armées par quatre ou cinq hommes elles partent alors sous voile à la recherche d’un banc de sardines. Celui-ci une fois localisé, il faut faire remonter les sardines à la surface en les appâtant. En cas de succès Il convient alors de choisir le bon filet c’est-à-dire celui dont la taille de la maille permettra de retenir le poisson, si fragile, juste derrière les ouïes. Il faut ensuite déployer les quarante ou cinquante mètres de filet droit (La senne tournante qui permet de ne plus appâter ne sera autorisée qu’en 1940 car jugée trop prédatrice), Cette opération s’effectue à la rame et la chaloupe a souvent été démâtée pour faciliter la tâche des rameurs (Les paysans costauds que l’on a recruté à cet effet). Pendant ce temps le patron de pêche continu à distribuer de la rogue juste là où il faut pour forcer la vorace sardine à traverser le filet, bleu comme la mer. Si quelques thons voraces n’ont pas dispersé le banc de sardines, si aucun marsouin joueur n’est venu le déchirer, si le poids des poissons captif ne l’a pas fait couler, il est temps de remonter à bord le filet, à la force des bras, et de démailler délicatement mais prestement les précieuses sardines. Les mâts remis en place, c’est enfin le retour au port qui prend des allures de régate car le premier arrivé aura les meilleures offres pour sa pêche alors que les derniers ne sont pas sûr de vendre leurs paniers.

8.  « Merc’h d’ar fritur ! » : c’est ce que criaient, dans les ruelles du centre- ville de Douarnenez, de nuit comme de jour, les contre-maîtres, en majorité des femmes, pour rappeler à l’usine les filles de leurs équipes dès que le retour de la flottille de pêche était signalé.

9. Travail des enfants : le travail des enfants est interdit avant 12 ans mais les patrons ne voient pas d’inconvénients à ce que des enfants plus jeunes aident leur mère ou leur sœur. L’important c’est que la sardine finisse en boîte de jour ou … de nuit selon la quantité. Seule condition donc : disparaître au passage du patron ou des contre-maîtres. 

10. Les grandes grèves : 1902, 1909 : les premiers grands mouvements sociaux ont lieu avec l’installation progressives des sertisseuses mécaniques (en 1905 la nouvelle machine Gautier est capable de traiter 400 boîtes à l’heure là où un ouvrier qualifié ne peut en sertir plus de 70). C’est un coup mortel porté à la caste des soudeurs-boîtiers si redoutée des patrons d’usine. Révoltes et bris de machines n’arrêteront pas le progrès et la disparition rapide de cette corporation. La Bretagne aussi a ses canuts ! 

1905 : Un vaste mouvement de grèves émerge à Douarnenez, mené par une employée, une certaine Eulalie Belbéoch (1850-1926). Elle revendique un paiement à l’heure. Commencé en janvier, le conflit se prolonge jusqu’au 23 août sans résultat.

         1924 : Le 21 novembre les ouvrières de l’usine Carnot, à Douarnenez, déclenchent un mouvement de grève pour réclamer une rémunération de 25 sous de l’heure en remplacement du paiement au rendement (en 1890 il faut environ 6 heures de travail à une ouvrière sans spécialisation pour s’offrir … une boîte de sardine !). Le mécontentement fait rapidement …tache d’huile dans les autres friteries. Le mouvement est soutenu par les pêcheurs et la municipalité de la ville. En effet le maire, Daniel Le Flanchec, premier maire élu communiste de France, fait voter par le conseil municipal des distributions de repas gratuits et même l’achat de sabots pour les grévistes qui défilent en ville. La grève ne prendra fin que le 5 janvier 1925, quelques jours après qu’il eut été établi que l’attentat dont a été victime Daniel Le Flanchec a bien été commandité par deux industriels membres du syndicat des usiniers. Les Penn Sardin auront donc gain de cause mais le maire de Douarnenez, un brillant orateur qui sera réélu en 1925, y aura perdu une voix. la sienne à la suite du coup de couteau reçu à la gorge.