de la bombarde vannetaise à la bombarde d’aujourd’hui

ou comment une sorte de hautbois primitif en voie de disparition a pu renaître et évoluer 

 

De la bombarde vannetaise au modèle cornouaillais

Au début du XX ème siècle, il existe que deux modèles de bombarde (et peu de sonneurs !). Le modèle vannetais était conçu en trois éléments, car l’outillage de perçage disponible ne permettait pas de réaliser une perce d’un seul coup. Cet instrument présente seulement six trous pour le doigté. (la flûte à six schtroumf ?). Dans le Languedoc-Roussillon, on retrouve des instruments très proches de cette bombarde vannetaise et plus généralement, l’ensemble des hautbois de l’ouest européen ressemble à cet instrument vannetais, ce qui a des conséquences sur les échelles chromatiques..      

Mais l’apparition de nouveaux thèmes musicaux rend nécessaire une évolution. L’apparition d’un septième trou permet d’élargir la gamme. C’est le modèle cornouaillais apparu entre la fin du XVIII et le début du XIX ème  siècle. Cet instrument permet d’alterner les gammes dans un registre plutôt majeur..

A la fin de la première guerre mondiale, le retour des soldats qui ont côtoyé  d’autres cultures induit de profonds changements. En particulier, les Bretons découvrent les pipebands et, dès 1924, est constituée une formation comprenant six cornemuses, deux tambours , une grosse caisse et quelques bombardes pour « donner du vif ».

L’évolution vers la bombarde d’aujourd’hui

A partir de la création de la confrérie des joueurs de binioù ( KAV ou Kenvreuriezh ar vinaouerien par Henri Le Menn et Dorig Le Voyer), l’utilisation de la cornemuse écossaise se généralise. Dorig Le Voyer décide de réaliser une nouvelle bombarde qui soit juste avec une unification de la tonalité en Si bémol.. C’est la standardisation de la bombarde qui sera dotée quelques années après d’une clé d’octave.

A la demande des sonneurs des années 1980, des bombardes en Sol, Fa ,Mi bémol sont fabriquées,ainsi que des bombardes ténor Si bémol.

Les sonneurs confirmés demandent aussi plus de clés pour jouer trois demi-tons sous la tonique. Mais une ou deux clés supplémentaires ne suffisent déjà plus et pour aller dans les registres du jazz par exemple. Les luthiers vont créer des bombardes dotées d’une douzaine de clés avec des systèmes de rappel complexes.

Il y a peu de place pour les  clés sur une bombarde et surtout, certains luthiers rappellent que cet instrument a pour vocation de jouer avec des binioù ou cornemuses dotés de bourbons, sur lesquels la bombarde doit être accordée. Or, si la perce  et l’accord sont ajustés à une tonalité précise (Si bémol pour les bagads en général),  un diapason (440/445) et un mode (mineur ou majeur). l’accord de chaque note n’est pas le même selon ces paramètres ( cf gamme de Zarlino). Aussi, certains luhiers, comme Tuhal Hervieux, se demandent s’il ne serait pas plus raisonnable de se pencher plutôt sur la multitude de tons et de sensations que permettaient les instruments anciens au lieu de rechercher davantage de chromatisme.    

Source : Ar soner n°398 janvier 2018