Skrijoù ar Brezel ( les horreurs de la guerre)

Skrijoù ar brezel

GG Gwenn-  Gwener  16 a viz Du 2018

Meur a soñj disheñvel, euzhus a dremen hag en em vesk en va spered er mare-mañ rak eveldoc’h n’hellan ket tremen hep gouzout e echuas ar brezel 14-18 kant vloaz zo.

 

E gwirionez ne oa ket  echu, da vat, ar brezel-se d’an 11 a viz du 1918. 200 000 soudard gall, ul lodenn vat outo eus an inizi, a oa bet rediet da genderc’hel brezeliñ  e reter Europa. E Miz Gwendolo 1918 o doa gounezet a-enep ar Vulgariz, an Durked hag an Otrichianed ar pezh  a redias an Alamaned da c’houlenn an Armistis. Fellout a rae d’ar soudarded-se distreiñ d’ar gêr,anat eo. En o zouez Charles Tillon, martolod war ar vatimant « Guichen » a lakaas e gamaladed da sevel a-enep ar brezel divizet e 1919 gant Clemenceau rak fellout a rae da rener ar gouarnamant gall skoazellañ ar « Rusianed Wenn » a-enep ar volcheviked ha kaset e oa bet batimantoù brezel betek Odessa. Se zo histor « Mutined ar Mor Zu ».

Kontet e vez ivez darvoudoù Arme ar reter e-barzh ar romant « Kabiten Konan » skrivet gant Roger Vercel, Priz Goncourt e 1934, graet ur film diwarnañ e 1996 gant Bertrand Tavernier , Philippe Torreton, o vezañ ar c’habiten Konan. Rediet e oa ar soudarded da vont da vrezeliñ a-enep an Hungariz, Bela Kun en o fenn, a-du gant ar volcheviked. Ne zistroint nemet e 1923.

P’edon bugel e oa, er gegin, e ti va mamm-gozh e Gommanna, a –ispilh ouzh mantell ar siminal, poltred un den yaouank faro, mourroù moan dezhañ, en e zilhad soudard, an niverenn 62 war gouzougenn e vantell : François-Mari ar Rouz e oa, breur ma mamm-gozh edo. Tristidigezh-abominabl en e mouezh, daeroù en e daoulagad pa gomze diwar e benn. P ‘eo marvet ma mamm ‘oa adkavet e lizher diwezhañ, skrivet daou zervezh a-raok e varv lec’h ma komze diwar al leue oa ret kas d’ar foar. Ganet e oa e Sizun an 22 a viz Mae 1893 ha lazhet eo bet e Tahure (Argonne) ar 25 a viz Gwengolo 1915, dervezh foar Gommana. Bemdez e sellen outañ, n’hellen ket ober mod-all, ha truez bep taol a save en va c’halon a baotrig.

Un hevelep poltred a oa e ti ma mamm-gozh e Boneur, hini he breur dezhi ivez gant e zilhad zouav, Pêr Kadiou, ganet d’an 18 a viz Ebrel 1895 e Trelaze lec’h ma  tivroas familh ma zad-kuñv e-pad un nebeud bloavezhioù evit labourat er mengleuzioù eno. Lazhet eo bet Pêr d’ar 25 a viz Mae 1915 e Angres, e-kichen Lens, e-koulz emgann an Artois. Ugent vloaz e oa . A-raok mervel e c’houlennas ma zintin diganin mont da gemer poltred e vez rak n’he doa ket bet tro morse da vont betek bered bras Keritron- Lorette. Eno  zo beziet 45  000 soudard lazhet dindan daou viz. Siwazh n’eus bez ebet evit Pêr. En toull bras boutin emañ , gant 28 000 all.

Neuze e soñjan e-barzh Emil Masson a skrivas a-enep ar brezel hag a varvas gant ar glac’har o soñjal e Romain Rolland , e Jean Jaures drouklazhet e 1914 pa grede c’hoazh e oa posubl herzel ar brezel. Gant piv e oa ar furnez ?

N’on ket evit gouzañv ar sonerezh-soudard ! Evel bep bloaz d’an 11 a viz Du , e lennin dirak  savadur ar-re varv, anv ar 42 den eus Boneur, hini Pêr  en o  zouez, lazhet e-koulz ar brezel-se hag ez in d’ober un dro betek ar Fouilhez lec’h m’eo bet peget war mogerioù ha tiez ar bourk ar 112 skeudenn soudard be treset gant ul livour saoz evit enoriñ ar 112 paotr eus ar Fouilhez bet lazhet kant vloaz zo .Na  fromus eo ar sell warno ! Ra vo milliget ar brezelioù hag an all re a zo kaoz diouto !

 

Les horreurs de la guerre

Il me vient pêle-mêle en tête des pensées diverses, affreuses, en cette période, car comme vous, on ne peut ignorer que la guerre 14-18 s’est achevée il y a maintenant 100 ans. En réalité, la guerre ne s’est pas terminée le 11 novembre 1918. 200 000 soldats français dont une bonne partie venant d’outre-mer, furent contraints de poursuivre la guerre dans l’est de l’Europe. Au mois de septembre 1918 ils avaient remporté la victoire contre les Bulgares, les Turcs et les Autrichiens, ce qui contraignit les Allemands à demander l’armistice. Ces soldats voulaient rentrer chez eux, c’est sûr. Parmi eux il y eut  Charles Tillon, marin sur le « Guichen » qui amena ses camarades à s’opposer à la guerre voulue par Clemenceau car le gouvernement français voulait soutenir les Russes blancs contre les bolchéviques. Des navires de guerre avaient été envoyés jusqu’à Odessa. C’est l’histoire des « Mutins de la Mer Noire ».

    Les évènements  vécus par l’armée d’Orient ont été aussi contés dans le roman « Capitaine Conan » écrit par Roger Vercel . Il reçut  le prix Goncourt en 1934 et fit l’objet d’un film en 1966 par Bertrand Tavernier. où Philippe Torreton y incarne le capitaine Conan. Les soldats durent se battre contre les Hongrois qui avaient Bela Kun à leur tête et qui étaient au côté des bolchéviques. Ils n’en revinrent qu’en 1923.

Lorsque j’étais enfant, il y avait dans la cuisine de la maison de ma grand-mère, accrochée au manteau de la cheminée, la photo d’un jeune homme à la fière allure, arborant une fine moustache, en habit de soldat, avec le numéro 62 sur le col de son manteau : c’était François-Marie, le frère de ma grand-mère. Elle avait une grande tristesse dans la voix et des larmes dans les yeux quand elle en parlait.

zouave-14-18

    Quand ma mère est morte, j’ai retrouvé la dernière lettre qu’il avait écrite deux jours avant de mourir, dans laquelle il parlait du veau qu’il fallait amener à la foire. Il était né à Sizun le 25 mai 1893 et il a été tué à Tahure ( en Argonne) le 25 septembre 1915, le jour de la foire de Commana. Je regardais sa photo tous les jours, je ne pouvais faire autrement, et mon cœur de petit garçon se soulevait de pitié.

    Il y avait une photo semblable dans la maison de ma grand-mère de Botmeur, celle de son frère également, dans son habit de zouave : Pierre Cadiou né le 18 avril 1895 à Trélazé où s’installa la famille de mon arrière- grand-père     pendant quelques années pour travailler là-bas dans les carrières. Pierre a été tué le 25 mai 1915 à Angres près de Lens , pendant la bataille de l’Artois. Il avait 20 ans. Avant de mourir ma tante me demanda d’aller chercher la photo   qui se trouvait sur sa tombe  car elle n’avait plus la possibilité de se rendre au grand cimetière de Notre Dame de Lorette. 45 000 soldats y ont été tués en l’espace de deux mois. Il n’y a hélas aucune tombe au nom de Pierre. Il est   enterré dans la grande fosse commune avec 28 000 autres soldats.

     Alors il me vient de penser à Emile Masson qui a écrit contre la guerre et qui mourut dans le chagrin en pensant à Romain  Rolland , à Jean Jaurès assassiné en 1914 quand on croyait qu’il était encore possible d’empêcher la guerre.   De quel côté était la sagesse ?

   Je ne peux supporter la sonnerie aux morts ! Comme tous les ans le 11 novembre, j’irai lire sur le  monument aux morts les noms des 42 hommes de Botmeur tués lors de cette guerre et parmi eux celui de Pierre. J’irai ensuite à la   Feuillée où l’on accroche ce jour-là, sur les murs et les  maisons du bourg, 112 portraits de soldats, dessinés par un peintre anglais, pour honorer les 112 gars de la Feuillée qui ont été tués il y a 100 ans . A la vue de ces portraits   quelle   émotion ! Que maudites soient toutes les guerres et maudits ceux qui en sont responsables !

                                                                                                                                                                                                                                                                                Troidigezh Yann Klec’h miz Du  2018